Connecter les points …

3 avr 2012   //   par Anne   //   Actualités, Evènements, Social  //  Aucun commentaire

Lorsque j’étais enfant, j’adorais ces jeux où il fallait relier les points afin de voir émerger une figure inattendue. Bien entendu je m’amusais à essayer de la deviner dès le départ. Les yeux plissés, je tentais de faire émerger la figure et parfois cela marchait. Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que j’entraînais ainsi la capacité de mon cerveau droit à faire des liens. Je me préparais à appartenir à une époque où cette capacité est essentielle, car elle nous permet de voir globalement, de vivre le lien qui nous unit aux autres et à la nature, et de considérer les défis que nous rencontrons dans une perspective systémique. « Toute mon œuvre consiste à relier ce qui était séparé », déclare Edgar Morin dans une interview mise en ligne par Michel Giran.

Relier : un processus joyeux et créatif mais aussi parfois pénible. Pénible lorsque cette capacité nous amène à voir des liens entre des informations concernant la situation économique, écologique, sociale et politique sur cette Terre, au point de construire une vision assez étouffante des forces en place. Connecter des éléments, comme nous sommes nombreux à le faire, sur la mainmise de la finance sur le monde, sur les agissements des multinationales et la manière dont elles influencent le processus législatif et les processus électoraux, met en évidence une avidité qui semble sans fond et un manque total de respect pour le bien commun. A force de connecter les informations, se construit une vision assez bouclée du pouvoir en place, qui peut vraiment décourager et induire une sensation d’impuissance. Un cran plus loin, et nous sommes dans la théorie du complot. Plus rien de joyeux ni de créatif !

Nous avons besoin de nous équiper pour bien orienter cette aptitude à faire des liens. Sinon, nous basculons dans la colère, le désarroi, le désespoir. Les adolescents sont particulièrement susceptibles de rejeter en bloc le ‘système’ qu’ils perçoivent, et pour certains d’y perdre leur envie d’entreprendre et de s’insérer activement dans la société. Comment s’équiper, quels garde-fous se donner ? Tout simplement, nous pouvons appliquer cette même capacité de faire des liens, au repérage des forces tout à fait positives qui s’exercent à l’instant même sur cette planète. L’innovation sociale est une réalité de plus en plus flagrante, pour qui sait l’observer.

Certes, pour reconnaître ce mouvement à l’extérieur, dans le monde, il faut aussi qu’il soit vivant en soi. C’est le bon vieux « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ». C’est fou la gentillesse que l’on reçoit quand on se promène un sourire aux lèvres. C’est fou comme on peut prendre plaisir à jardiner et partager graines et savoir-faire. Vivre dans un état d’esprit de créativité et d’ouverture nous amène tout naturellement, par nos aspirations et nos recherches, à nous entourer de gens qui sont dans cette mouvance. En se rassemblant, nous créons un effet de bulle autour de nous, et il n’y a rien de mal à cela, c’est ressourçant. Mais il ne faudrait pas se limiter à cette bulle, car si nous voulons véritablement prendre la mesure de ce qui est à l’œuvre dans notre société, il nous faut voir que les valeurs de respect de l’humain et de l’environnement se manifestent dans des styles de vie fort variés, et dans des projets touchant aux secteurs de la santé, de la spiritualité, de l’écologie, du social, du créatif et de l’artistique. L’innovation sociale est en marche, et la percevoir implique d’élargir nos propres cercles.

Pendant que les campagnes électorales ressassent les mêmes thèmes, les mêmes recettes, les mêmes solutions miracles à peine redéguisées, repérons que l’innovation est bel et bien à l’œuvre dans les territoires. Au point que j’aie parfois l’impression d’une société à deux vitesses : celle du système en place, qui patine et cherche désespérément à se maintenir, et celle d’une société civile innovante, créative, active, qui prend de plus en plus d’ampleur, et manifeste de jour en jour ses valeurs dans des projets bien concrets.

Une excellente manière de s’imprégner puissamment de la créativité qui est dors et déjà à l’œuvre dans notre société est de participer à l’un des forums ouverts proposés par le réseau Territoires en Transition, ou par l’Association des Colibris. En fait, c’est rapidement impressionnant de constater localement le foisonnement de projets, car nous mesurons alors à quel point notre société est en train d’effectivement se transformer sous nos yeux, dans notre région ou notre quartier. Sous  nos yeux, et au travers de nos actions, il convient de le remarquer.

Le réseau des réseaux qui se rassemble à Aix les Bains du 7 au 9 Avril sur le thème d’ « Incarner l’Utopie », sera sûrement un moment fort du nouvel état d’esprit qui souffle sur notre pays, sur notre planète. Moment de visibilité, de sortie du brouillard effervescent, pour affirmer la force de ce qui se développe, en marge d’un système de plus en plus essoufflé. Le souffle de l’un et l’essoufflement de l’autre.

Ainsi, pour en revenir à notre souci initial de ne pas faire de notre capacité à concevoir combien le système en place s’est compromis, une occasion de désespérer, nous pouvons opter pour une toute autre attitude : certes nous devons nous informer, et collectivement ne rien laisser passer de tous les abus, tous les outrages à humanité, mais nous pouvons aussi savoir que ce système est en voie de s’essouffler tandis que grandit la société civile et créative.

Nourrissons-nous d’elle, elle n’en grandira que plus.

 

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